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"Je ne vois rien autour du paysage"

Rubrique animée par Joanna Lorho et Stéphane Noël. On y parle d’art, des arts, de leur relation à la bande dessinée en général. Les invités, ou l’actualité récente, servent de point de départ. L’occasion de citer d’autres noms, d’aller voir dessins, peintures, sculptures, performances, films d’animation et autres macramés.

"Je ne vois rien autour du paysage" est un dessin de René Magritte de 1929.

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0 La collaboration artiste/non artiste

Lorsque l’on parle du rapport entre artiste et non-artiste, on prend généralement ces termes sous l’angle professionnel. L’artiste est celui dont le métier est de produire des actions et oeuvres dans le domaine de l’art. Celui qui a une pratique quotidienne de l’expression. Au travers d’ateliers, d’animations socio-culturelles, de projets artistiques, il se met alors parfois en rapport avec des personnes dans d’autres secteurs d’activité. Le but est souvent la fameuse expression de soi, considérée comme résiliente, cathartique, productrice de lien culturel, de réappropriation, renarcissisante - les buts avoués ou cachés sont nombreux.

Le rapport qui s’installe lors de ces expériences sont souvent paradoxal : alors que l’artiste revendique souvent son métier, c’est-à-dire un savoir faire acquis par une expérience renouvelée et parfois douloureuse de son médium, il louera auprès de ses partenaires du moments la valeur de la spontanéité, dans un mélange de plaisir et d’absence de domination technique. Il trouvera souvent à la fin d’un workshop des valeurs esthétiques dans les réalisations parfois médiocres au regard des critères esthétiques en vigueur, alors que les participants sont quelques peu découragés d’avoir rencontrés leurs limites dans un domaine qu’il ne connaissent souvent que comme des consommateurs.
C’est que les artistes, de par leur formation, ont une conception de l’art intégrant la maladresse, l’accident, les ruptures de style, de matériaux, de codes (les acquis de la modernité en rupture avec les beaux-arts). C’est aussi parce que les artistes connaissent bien la douleur spécifique à la création artistique, et ne peuvent qu’être pleins d’empathie lorsqu’il la reconnaissent dans les épaules tombantes, le rire forcé et le regard fuyant des participants. Mais on trouve aussi une forme de condescendance pleine de bons sentiments, plus suspecte et plus haïssable. L’art comme exutoire à la portée des caniches, permettant à tout un chacun de s’exprimer, un court moment, avant de rejoindre sa condition d’imprimé. Alors ça, non merci.

Un exemple : twinkland

Un exemple intéressant d’inintérêt : un projet intégrant des enfants de 7 à 12 ans "de partout dans le monde" à qui l’on donne des appareils photos jetables et pas de consigne sinon de le ramener une fois le film rempli. On ne manquera pas de se réjouir de la valeur esthétique de la spontaneité et du peu de scrupules des jeunes artistes pour les conventions artistiques. Le livre qui en résulte se vante d’être une première dans l’histoire de la photo, mais si on regarde de plus près on voit que :
- L’idée de récolter des photographies prônant l’universalisme de l’expérience humaine (car il s’agit bien de ça) date de "The family of men", une exposition de 1955 par Steichen.
- La spontaneité, et celle des enfants est un cliché éculé du 20eme siècle
- La photographie ratée comme esthétique est entrée dans les musées avec des travaux comme celui de Nan Goldin ou Richard Billingham, pour n’en citer que deux. L’impression du livre avec ses images en plein bord

La jaquette du livre décrit tout l’amont du travail : les appareils distribués aux enfants, les photos prises pleines de fantaisie et d’amour, mais le livre que l’on a dans les mains nous parle du travail en aval : le choix des images les plus représentatives de la fantaisie et de l’amour par un rédacteur, le maquettage des images plein bord dans l’air du temps par un graphiste et l’impression luxueuse sous couverture cartonnée menée par un éditeur new-yorkais. De tout ce processus les enfants ont été exclus. Les enfants sont ici exploités comme cobaye plein de générosité. Il est symptomatique de voir que quasiment aucune image de ce livre n’est visible sur internet, ce qui montre que les droits d’auteurs sont bien gardés par l’éditeur, et que une recherche sur le terme "twinkland" donne droit à un florilège de photographie porno adolescente, pleine de fantaisie et d’amour elle aussi.

Keepsake (A Photographic project : Alberta 1980)

Le projet "A Photographic project : Alberta 1980" a été mis sur pied à l’occasion de l’anniversaire de la province d’Alberta, au Canada. L’objectif était de mener une réflexion sur l’identité de cette province, et de constituer un fond d’image répondant peu ou prou à cette question.

Comme le fera la mission photographieque de la DATAR, en France, 4 ans plus tard, des photographes "professionnels" ont reçu commande pour couvrir un sujet ou une région. Mais le projet se voulait réflexif, aussi des réunions ont été mises sur pied avec les commanditaires et des universitaires pour déterminer les missions de chacun, pour faire le choix à l’intérieur d’un aussi vaste qu’une province nord-américaine. Des sociologues et autres chercheurs en sciences humaines ont aussi reçu mission de dresser le portrait de l’Alberta. Mais un appel à soumission a aussi été lancé en parallèle : une collecte de photo souvenir auprès de la population. Réalisée sur base volontaire autour du titre "Get clicking : people pictures" avec pour objectif de garder un instantané de la vie de la province en 1980, dans un but de conservation. Les photographies ont été collectées entre février et septembre 1980, montrées lors d’une exposition et nourrissent le catalogue "Keepsake". Aux côtés des photographies en noir et blanc de la bourgade de Falher, de Gabor Szilasi, photographe de son état, on trouvera des photos couleur de vestiaire après une partie gagnée de hockey par une certaine Linda Brost, ainsi qu’un autoportrait Hilary Fedoruk avec son bébé. Chacune de ces photographies a été choisie par leur auteur, donnée par son auteur dans le but de produire la fresque collective d’une province, magnifique occasion de conserver une trace de soi tout en s’inscrivant dans l’histoire d’une région, comme acteur minuscule mais nécéssaire.

Ce livre est à peu près introuvable. Je l’ai déniché dans une libriairie d’occasion lors de mon premier séjour au Québec, début 1992. Il est un de mes livres de photographie préféré.

AKTION MIX COMIX COMMANDO

L’AMCC est un atelier qui s’est fixé comme objectif de réunir autour de la fabrication d’une bande dessinée collective et expérimentale, un groupe de personnes sans se soucier de la notion "d’auteur" ou "d’artiste".
Mené par Thierry Van Hasselt et Eve Deluze ( FRMK ), l’atelier a été proposé à des étudiants, des primo arrivants, des voyageurs.., et durant des festivals ( Rétine 2011, Angoulême 2009...) à toute personne désirant se joindre à l’expérience.
Afin d’assurer une certaine homogénéité, l’atelier propose de suivre un procédé particulier et assez ludique autour de la linogravure, et du collage avec chaque fois deux films ( de Nosferatu à Fifi Brindacier....) comme source de départ.
Les récit sont ensuite proposés sur un site d’impression à la demande.

AKTION MIX COMIX COMMANDO

( Plan nine contre l’Art abstrait )

( Pop-up in heaven )

Cet atelier fait écho à la collaboration de FRMK avec le C.E.C La Hesse -centre d’art pour artistes porteurs d’un handicap mental- autour de l’expérience "Match de Catch à Vielsam".

HELEN LEVITT

Helen Levitt a beaucoup photographié la vie populaire New Yorkaise entre les années 40 et 80. Intriguée par les pratiques des enfants dans la rue, elle photographie pendant 10 ans les graffitis et les messages inscrits à la craie sur l’asphalte ou sur les murs, et regroupe une série de ces photographies dans "In the street".

0 Autour de "1h25" : l’imposture

"Une imposture consiste en l’action délibérée de se faire passer pour ce qu’on n’est pas (quand on est un imposteur), ou de faire passer une chose pour ce qu’elle n’est pas (supercherie, mystification, escroquerie). La nature d’une chose ou d’une personne se révèle en définitive différente de ce qu’elle laissait paraître ou croire."

Définition Wikipedia

Une imposture n’est pas juste une oeuvre sous pseudonyme, sauf si l’on construit de manière forte un personnage, ce qui devient vite obligatoire si une oeuvre accède au succès. 1H25 en est un exemple, ainsi que le "Frantico" de Throndheim.

L’imposture se base sur le contrat social invisible qu’est la vérité. Dans la plupart des transactions humaines, une confiance a priori est donnée lorsque vous énoncez votre identité. Dans des cercles de petite taille, l’imposture est quasiment impossible, car contrôlée par l’ensemble des membres du groupe. L’imposture est donc une pratique qui nécessite des groupes de grande taille, et des moyens de communication rapides et couvrant de grandes distances pour rendre l’opération indétectable. Les sociétés doivent alors créer des systèmes de contrôle, comme le sceau en cire ou la carte d’identité, dans lesquels viennent se glisser les impostures. L’imposture peut aussi utiliser le temps comme moyen pour rendre impossible le contrôle : les fausses peintures anciennes par exemple.

Les imposteurs, contrairement aux pasticheurx, sont discrets. Certaines impostures sont faites pour durer. On parle souvent à propos d’imposture de fausses mémoires d’Hitler, de saint-suaire ou de tableau de maître démasqués par carbone 14. Mais nombre d’impostures courent toujours, ou entretiennent le mythe.

L’imposture est parfois utilisée à des fins de démonstration, et dans ce cas elle est aussi faite pour être démasquée par la personne même qui l’a produit. Nombre de hackers ont prouvé leur valeur en s’introduisant dans des systèmes hyper sécurisés et déposé des informations fausses. Mais quel est l’intérêt si personne ne le remarque ?

Nous ne pouvons faire état ici que d’imposture démasquées, on nous en excusera par avance.

Female extension, Cornelia Sollfrank, 1997

Spectaculaire imposture que celle de Cornelia, qui préfigure le hacking contemporain.
Lorsque la Galerie der Gegenwart du Musée de Hambourg fait un appel à projet pour le premier musée virtuel de net art (oeuvre utilisant le net comme support), Cornelia Sollfrank décide de se saisir cette opportunité pour faire une petite démo de ses capacités de codeuse, mais aussi révéler le caractère machiste des décideurs dans le domaine de l’art.
Elle crée 289 adresses mails et leur associe des profils de femmes vivant dans 7 pays différents, et génère pour chacune des oeuvres fabriquées par un logiciel, le "net art generator", qui mixe, destructure, élague des pages web existantes pour en fait des oeuvres de net art tout à fait cohérentes. Les organisateurs se félicitent du nombre de participants et sélectionnent trois artistes... tous trois masculins. C’est le moment que choisit Cornelia pour sortir du bois et révéler sa supercherie, et insulter de gros machos ceux qui n’ont choisit aucune des femmes pourtant massivement représentées.
L’histoire lui rend justice : de cette exposition virtuelle on n’a retenu que sa non participation.

Voir la pièce et les oeuvres sur le site dédié

Pas facile à trouver :la liste des 289 participantes avec leur boulot proposé (certains offline)

Document F098, Vidéoconférence, 2000

Vidéoconférence : un groupe de recherche formé de vidéastes et d’historiens. Leur but : retrouver, restaurer et projeter des documents qui associent vérité poétique et beauté historique. Ce document vidéoconférence est la dernière bobine de rushes tournée par un reporter de guerre allemand durant l’automne-hiver 1942. Il a été exhumé des archives soviétiques durant l’été 1998, restauré et sous-titré.

Le film, présenté à la Biennale de Lyon, excitera les historiens par sa rareté et son incroyable destin. Puis elle fera pousser des cris d’indignation.

Darko Maver de 0100101110101101, 1998-99

Les "01" (plus court que leur nom complet) est un couple d’artistes italiens, Eva et Franco Mattes, actifs dans les arts numériques. Un de leur travail d’importance est d’avoir créé de toutes pièces un artiste serbe, Darko Maver, photographe trash, en 1998. Oeuvrant dans une Yougoslavie en pleine guerre civile, Darko photographie des morceaux de corps mutilés, des phoetus, comme une métaphore des conditions de vie fin de la population civile.

Des nouvelles savamment distillées annoncent que Darko a été menacé par les autorités pour son anti-patriotisme, qu’il se cache et vit dans des motels. Puis on annonce sa disparition, puis sa mort le 15 mai en prison. Son travail et un petit documentaire est montré lors de la 48eme biennale de Venise.

Début 2000 la nouvelle tombe : « I declare I’ve invented the life and the works of the Serbian artist Darko Maver, born in Krupanj in 1962 and dead in the prison of Podgorica the 30th of April 1999 » annonce les 01. Scandale.

Le récit complet sur le site des 01

La magie du fond vert.

Nous nous laissons tous volontiers embarquer dans des histoires dont les artifices sont à peine dissimulés.
L’animation en est l’exemple, sa confection est une illusion, une successions d’images qui donnent l’illusion du mouvement, au service d’une histoire ( ou pas ).
"Neighbours" de Norman Maclaren, montre assez bien comment, en passant de la prise de vue réelle à la pixillation, le réalisateur qui a accès à chaque "inter-image" peut alors agir comme il l’entend, et ainsi "modifier le réel".

Mais l’animation c’est aussi la 3D, et il n’est pas rare d’assister en festival à une séance complète de court-métrages apocalyptiques, plus que réels, de raz-de-marée sur New York et j’en passe.
Ainsi, en rejoignant la famille des effets spéciaux, l’animation devient une manière d’augmenter le réel.
Et voilà comment nous, spectateurs, perdont totalement le contrôle de ce qui nous semble être le réel ou une illusion.
La vidéo "Visuals effects in movie" - dénichée sur la boite verte - peut rappeler à certains le jour où c’était pépé en fait dans le manteau du Père Noël, mais pourtant elle fait réfléchir sur notre capacité à prendre, par défaut, pour vraie, une image qui nous semble cohérente.

The Yes Men

Les "Yes Men", est un collectif américain capable d’infilter l’OMC, de se faire passer pour un représentant de la chambre de commerce US, ou encore un porte-parole, ou un journaliste, et de servir à ce titre un propos souvent complètement aberrant. Leur spécialité et de pousser à l’extrême certains raisonnements des gouvernements libéraux sur des sujets qui concernent l’exploitation des hommes, la famine ou les changements climatiques...

Le plus aberrant est que, même poussé à la caricature, leurs interventions ne suscite aucune réaction d’indignation. Une série de leurs interventions sont visibles dans un documentaire du nom du collectif, et leurs exploits sont listés et détaillés dans Wikipédia.

Si l’un des membres, Jacques Servin, aussi connu sous le pseudonyme de Andy Bichlbaum est un parfait imposteur, "The Yes Men" est aussi une équipe qui est capable de manipuler tout les médias nécessaires à leur crédibilité : sites internet, documentaires, documents... Ils commencent en 1993 en intervertissant les boites vocales de 300 poupées Barbies et GI joe avant de les réintroduire dans les circuits de vente, le 12 novembre 2008, ils diffusent 100 000 exemplaires dans les rues de New York un faux numéro du New York Times titrant à la une « Iraq War Ends »

Ici, Jacques Servin teste la profondeur du discours écologiques des politiciens français en se faisant passer pour un journaliste américain ultra réactionaire.

0 Le style, la marque de fabrique ?

“Quoi de plus difficile Que d’être inutile D’être du vent De n’être rien Et être tout Avec du style Le style avant tout” "Philippe Katerine” Inutile (8eme ciel)

On est pris, avec ce concept de style, entre deux feux. _Soit considérer que le style est dans le fond une superstructure, quelque chose déposé sur le fond, la cerise sur le gâteau parfois de trop. Alors on snobera en intellectuel intègre ce déguisement marketing du sens, comme on méprisera la chanson de Katerine, qui semble le réduire au dandisme.
Soit on considère que le style est la matière même, la base phénoménologique de l’expérience artistique faite de surface et de sensation. Dès lors on verra le style comme la chose même, ce qui fait la différence entre deux oeuvres. on optera ici pour cette deuxième approche, pour ne pas bouder notre plaisir.

Puisque l’on part de la maison d’édition Nobrow, il ne faudra pas parler de style dès lors, mais de ce style, de ce renouveau de la matière en arts graphiques, de ce retour au métier. Nobrow publie des livres très présents plastiquement, très loin d’un, disons, Jeffrey Brown par exemple. On a quelque chose qui croise la surprise qu’a pu provoquer un Chris Ware au milieu des années 90’, la volonté de faire matière des Frémok et le désir d’expérimenter les outils d’impression, ceux-là même qui façonnent les livres, d’un Blexbolex.

Standard time de Mark Formanek & Datenstrudel

Des hommes se relaient toute un journée pour afficher une horloge digitale géante en bois. Cela donne un film, dans lequel digital et analogique sont intimement mêlés.

Standard time est une vidéo, fruit d’une performance. On est dans un étrange rapport au métier, un de ces travaux qui rappellent que le numérique suit une longue suite d’innovation destinées à soulager les hommes de la pénibilité du monde (et pas le offrir plus de jouissance dans une société d’abondance).

Au total 70 travailleurs ont réalisés parallellement au temps réel, à l’aide de planches en bois, une montre digitale de 4 x 12 metres : 1611 aménagements en 24 heures. Sans laisser de blanc, la video a tourné pendant 24 heures et est maintenant disponible comme montre. Standard Time est une oeuvre de l’artiste Mark Formanek et réalisée par l’agence de medias Datenstrudel.

Signals de Casey reas

Casey Reas est une figure importante du design génératif, père avec Ben Fry du logiciel open source Processing.

Les dessins de Casey Reas sont les fruits de processus informatiques, des petits objets programmés qui suivent quelques règles strictes. Pour Reas, le processus est la matière même de la pièce, plus importante peut-être que le dessin. En ça, il est le fils spirituelle de Sol Lewitt, qui a vendu une bonne partie de sa vie des énoncés sur feuilles A4 décrivant le processus de dessins. Mais comme Lewitt, Reas ne néglige mine de rien pas la forme : ses dessins sont souvent riches plastiquement. Le résultat est souvent plus beau que la simple énoncé, ce qui nous rappelle que nous devons investir l’espace performatif de nos vies, plutôt que d’être les simples exécutants de règles sociales.

Les Krims

Les krims (c’est son nom) est considéré comme un photographe conceptuel, mais ses images des années 70’ montrent une ironie, un érotisme, un sens de la mise en scène très reconnaissables. Un style donc, singulier, étrange, sale, qui lui a valu une sacrée traversée du désert. On redécouvre ce travail depuis quelques années. Comme le disait Andy Warhol “quand on tient quelque chose de bon, il faut tenir. Ça revient toujours”.

Run Wrake

Deux exemples ici de films d’animation pour lesquels le réalisateur assume complètement le parti pris graphique :
"Rabbit", a été conçu suite à la découverte d’une série de stickers éducatifs des années 50 illustrée par Geoffrey Higham :

L’imagerie proprette est détournée au service d’une histoire assez cruelle qui n’a plus rien à voir avec l’enfance...

"The master control" est à base d’images prises sur internet, des "CSA Images", toutes dans un genre comics U.S. pour une histoire de gentils/méchant avec super héros. C’est assez drôle.

runwrake.com

Emma de Swaef

Est une jeune réalisatrice belge. Dans ce troisième film, elle raconte les rêveries d’un employé de bureau. On plonge alors dans un univers doux, bizarre et assez silencieux animé en... tricot. Un rendu assez inédit en animation, avec une grosse charge poétique...



Mourir auprès de toi

À la base, la fille fait des sacs en feutrines. Mais quand elle recontre le prolifique Spike Jonze, alors ça donne un film d’animation en feutrine :



Un petit making-of entre deux sacs branchouilles

Clemens Kogler

Enfin, je citerai l’artiste autrichien Clemens Kogler qui propose une série d’animations sur son site, souvent des choses courtes, des films de commande, mais toujours avec une approche graphique particulière :

Pour son petit film linz09ontour, je serai curieuse de connaître sa véritable technique, en attendant, cela donne un travelling assez beau en ...point de croix.

Pour filmrisstrailer, une technique toute simple qui mêle images assez synthétique en applat, travelling et découpage.
"No digital effects or manipulation was used in the creation."

1 Autour de "3""

Synchronie et diachronie

La synchronie, l’exposition de faits simultanés, est présente abondamment dans la représentation, en particulier celle de l’image fixe, peinture, dessin, photographie. Structurer un même instant pour le rendre capable de nous raconter un récit est plus rare, cependant. Il s’agit là de créer une durée perceptible : en plus de la synchronie ajouter une diachronie, une lecture du temps dans l’espace d’une seule image. Riches et complexes, ces images sont la base de féflexion de cet article.

Space is time

Scott Mc Cloud parle dans le chapitre 4 de “l’art invisible” d’un concept central en bande dessinée mais aussi en peinture : “space is time”. L’espace de représentation signifie du temps. Le temps des lecture des dialogues, le temps de parcours de l’oeil sur une image, l’éloignement de deux cases ou de deux figures crée chez le spectateur une sensation de temporalité dont peuvent jouer les arts visuels en général, la bande dessinée en particulier.

Organ2/ASAP ( as slow as possible ) John Cage

Né en 1912, mort 80 ans plus tard, John Cage fait partie des compositeurs classés "expérimental" dans la musique contemporaine. Sa pièce la plus connue est probablement 4’33’’, soit 4 minutes et 33 secondes de silence interprétées par un musicien.
Ici, interprétée par le pianiste David Thudor
Mais la pièce qui nous intéresse est la suivante : Organ2/ASAP ( as slow as possible ) que l’on peut écouter ici

Composée au départ pour la piano, en 1985, la pièce a été réécrite pour l’orgue, car c’est avec cet instrument que Cage pouvait le mieux assouvir sa volonté qui était de faire durer sa pièce le plus longtemps possible.
La pièce est donc actuellement en cours d’exécution sur un orgue dans l’église Saint-Burchardi de Halberstadt, en Allemagne. L’œuvre est censée durer 640 ans, pourquoi 640 ans, parce que c’est l’”âge” qu’avait cet orgue lorsque l’œuvre à démarré en 2001. Extrêmement lente donc, les modulations sont rares, la dernière ayant eu lieu le 5 Août dernier, la prochaine est prévue le 5 juillet 2012. Personne ne peut donc espérer entendre cette pièce dans son intégralité.
Cependant, il arrive qu’elle soit jouée dans d’autres endroits, en février 2009, la pianiste Diane Luchese joue à son tour Organ²/ASLSP. Elle réduit la performance à “seulement” 14 heures et 56 minutes, ( sans interruption ) tout en observant strictement les proportions temporelles de la partition, mais effectue ainsi la plus longue performance musicale jamais documentée.

Travelling Square District Greg Shaw ( Sarbacane )

Je me suis dit en relisant Travelling Square District que si ce livre n’avait pas précédé 3", certains auraient crié à la furieuse et honteuse inspiration. Mais comme les choses sont bien faites, Greg Shaw peut dormir tranquille et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son nom apparaît dans un bout de dessin du côté de chez Marc Antoine Mathieu.
Travelling Square District est un plan carré, de face, d’une sorte de Manhattan revisité ( c’est la couverture ), dans lequel nous naviguons, comme si nous étions munis d’une lunette téléscopique.

Au départ, un bouton “start”, puis une succession de cases parfois quasiment abstraites dûes un déplacement rythmique, métronomique, parfois habitées par l’un des quelques personnages qui peuplent le quartier et qui par leurs interventions amènent et nourrissent l’enquête.

L’environnement est précis et soigné, c’est en couleur ( certains comparent la palette de l’auteur à celle de Chris Ware ), conçus pour pouvoir être vu des très près, de loin, Greg Shaw fait un dessin subtil, ligne claire, avec, je trouve, une maîtrise de la posture, un peu à la façon d’un Ruppert et Mulot. Si Travelling Square District était une version numérique, ce ne serait pas un zoom vertigineux, mais plutôt une fenêtre que nous pourrions déplacer dans un plan fixe et avec laquelle nous pourrions zoomer, suivre une conversation puis repartir, dans un temps donné, avec à la clé la compréhension de l’intrigue, ou pas...tout dépend du chemin emprunté.

(Schéma emprunté à Loïc Massaïa, chroniqueur pour du9.org voir l’article] )

Elvis Road Hegel Reuman & Xavier Robel ( Buenaventura Press )

Consulter le livre

Helge Reumann est né en Suisse, en 1966, Xavier Robel à Montréal en 71. C’est en 1996 qu’ils fondent l’Elvis Studio à Genève.
De cette association naissent de nombreux travaux, dont une grande fresque de plusieurs mètres dessinée au crayon : Elvis Road.
Elle est reproduite sous forme de livre, pliée en accordéon, d’abord chez Pipifax ( Zurich) en 2002, puis chez Buenaventura Press en 2007.
Cette fresque aurait été dessinée sur 1 an, alternativement par ses deux auteurs.
Si on regarde cette fresque de près - évidemment, on la regarde de près - on remarque que tout à l’air d’être dessiné de manière spontanée, ligne claire, pas de traces de repenti. Pourtant, un monde pullule, sans limite, des centaines de mini-scènes s’accumulent, des milliers de personnages, véhicules, bâtiments, panneaux, écritures se succèdent et s’entremêlent. Tels deux dieux, ils créent un univers dynamique et chaotique, surpeuplé et assez hostile où tout va trop vite, tout est “trop”, les milliers de personnages sont autant d’expressions de peurs, fureurs, obsessions, manies, égarements, il y est question de sexe, drogues, alcools, bouffes, tueries en excès, religions et fascismes en tout genre, et quand bien même on finit par tomber sur “cuteland”, petite cour de récré où des sortes de personnages Disney consanguins auraient l’air presque sages, pas très loin, la “cute police” bastonne dans un coin. Sorte de portrait pris sur le vif, est-ce une mise en garde dans la manière dont nous pourrions dégénérer, nous n’en sommes peut-être pas si loin finalement, en attendant, allons jubiler quelques heures le long de l’Elvis Road.

Le mariage des arnolfini

Cette peinture flamande de 1434 possède comme “3”” un goût pour les miroirs convexes. Le zoom avant révèle, dans le reflet d’un miroir, le peintre et une autre personne, quelques taches de peinture apposées avec brio, témoins de la scène peu conventionnelle : la mariée est enceinte, le marié lui tient la main de manière solannelle, le tout dans l’intimité d’une chambre.

Au mur, le “fiut hir” de Jan Van Eyck comme un certificat d’authenticité, central et discret à la fois. Le miroir convexe montre en même temps que le couple de dos un autre couple, l’auteur de la peinture dans le reflet et constitue de facto le contrat. Le tableau se révèle par couche, d’abord un couple étrange par sa posture officielle dans un lieu intime, puis le miroir et sa mise en abîme, puis la signature et sa littéralité.

La force du détail, pédanterie de Van Eyck, permet cette exploration minutieuse qui a permis à cette oeuvre, un des premier portrait “intime”, une des premières peintures sur un support amovible, de faire couler des litres d’encre sur son interprétation.

John Davies

Davies photographie le norde de l’angleterre en pleine désinstrialisation, un déflux de l’histoire qui devient la chance de mettre en perspective le paysage. La notion de diachronie y affleure aussi, étonnamment : ses paysages nous parlent d’un lieu, mais aussi de son passé, nous permettant presque de deviner son évolution, la raison de la présence de tel objet. On y voit par exemple une voie ferrée, apposée dans le paysage à côté d’un cimetière qui lui préexiste probablement, des usines au loin, des maisons ouvrières aui doivent lui être contempiraines. Le paysage, notion capitale dans la culture anglaise, retrouve au delà de son caractère durable, une instabilité, celle des flux et déflux de l’histoire des hommes.

David Claerbout

Artiste (Belge, né en 1969) présente des installations vidéo dans lesquelles une événement ténu est figé en une succession d’image. Proche et pourtant à des années du “Bullet time”, Claerbout fait se succéder des images montrant la même scène, le même instant, à partir de différents points de vue. Les images en noir et blanc, cadrées avec précision, sont montées et projetées dans une installation vidéo. Entre mélancolie du temps impossible à figer et enquête policière à la blow up, nous assistons médusé au dévoilement, voire au déflorage, d’une scène anecdotique de vie quotidienne.

0 Autour de la Suisse

Arts plastiques : Fischli & Weiss

Nés dans les années 40, travaillant ensemble depuis 1979, Peter Fischli et David Weiss commencent par la série des saucisses, un travail quasi dadaïste, des photographies hilarantes de mise en scène avec des saucisses (de la saucisse zwan à la mortadelle, en passant par le chorizo).

“Soudain cette vue d’ensemble” en 1981 (retravaillée en 2006) est une série gigantesque (plusieurs centaines) de petites sculptures en terre glaise, non cuites, représentant des scénettes ou des objets (un pain, un groupe d’immeuble, une tranche d’autoroute)

S’ensuit “Un après midi tranquille”, une série de photographies, parfois abstraites, parfois figuratives (ben hur) fabriquées avec des objets du quotidien, concombres, rapes, papier collant, casseroles, mais aussi pneux, chaises et bouts de tuyaux.

Ce travail débouchera sur le fameux “le cours des choses” en 1987, un film de 26 minutes montrant un enchainement d’action : un sac plastique en tournant fait avancer un pneu, qui renverse un tuyau, etc. sur le modèle d’une machine de Goldberg, ce dessinateur de comics des années 10 20, qui inventait en dessin des machineries compliquées.

Notons qu’ils ont aussi fait des vidéos aussi pouilleuses qu’hilarantes, “la Voie de la moindre résistance” (1980-1981) raconte une enquête policière dans le milieu de l’art par un rat et un panda.

Photographie : Robert Frank

Né en 1924, Robert Frank est un photographe né a Zurich mais parlant plus volontiers le français que l’allemand. Il va marquer la photographie des années 50-60 avec des reportages qui racontent autant son propre spleen que les réalités qu’il rencontre. l’écosse, l’angleterre, le Pérou, puis l’Amérique. En 1958, il est sur la route avec Kerouac, et tirera de cette expérience son livre le plus célèbre “les américains”, passé inaperçu à sa sortie, mais devenu un classique depuis.
Frank est un photographe du temps faible, il va prendre le contrepied de plusieurs aspects de la photographie de reportage : cadrage parfois incertain, appareil penché, flou, bougé, il utilise aussi l’appareil de manière intrusive, photographiant sans permission à bout portant des personnes pas toujours consentantes, parfois très agressives. La photographie qui en résulte est souvent peu descriptive, mais contient une charge émotionnelle, une photographie largement subjective, ce qui est assez troublant de la part d’un medium célébré d’habitude pour son objectivité.

Je citerais volontiers “Thank you”, un de ses derniers livres, un tout petit objet dans lequel il collecte des photos et lettres de personnes reconnaissantes pour son oeuvre et ce qu’elle a pu leur apporter. Frank n’a jamais caché sa difficulté à vivre, et à survivre à la séparation d’avec la mère de ses enfants, et la mort de ceux-ci. Le titre évoque donc tout autant le “merci” que des amateurs de son oeuvre lui offrent, que celui d’un vieil homme isolé au fond du Canada pour ceux qui ne l’ont pas oublié. Thank you, Robert Frank, Scalo, 1996

http://photonumerique.codedrops.net...

Animation : Georges Schwizgebel

Georges Schwizgebel compte parmi les réalisateurs incontournables du cinéma d’animation. Depuis les années 70, il a réalisé une vingtaine de courts métrages reconnaissables au premier coup d’oeil. Ces films sont souvent des peintures animés, des couleurs franches et contrastées, des scènes et des motifs qui s’emboîtent et se transforment. On pourrait parfois se croire dans une toile de Giorgo De Chirico ou de Edward Hopper. Les films sont construits en collaboration étroite avec la musique, Schwizgebel ne cache pas son admiration pour des formes d’écritures classiques qui l’inspirent énormément, l’écriture contrapuntique d’un J.S Bachet la forme de la fugue en général. Le réalisateur à la particularité de mêler dans ses films différentes cadences d’animation, 3 images par secondes pour un décor, 8 images par secondes pour une action, voire un fixe, il arrive qu’une scène se désolidarise complètement du fond pour devenir autre chose, créant ainsi cette impression de mouvement perpétuel.

Interview autour de Georges Schwizgebel

Fanzine : Pascal Matthey “We all go down”

Pascal Matthey, auteur d’origine Suisse qui vit à Bruxelles, est un incontournable du paysage du fanzine en Belgique. Membre de la maison d’édition Habeas Corpus, il lance d’abord le mensuel SOAP, 36 numéros, fanzine A5, couverture rose, impression noir et blanc, qui a regroupé jusqu’à une quizaine d’auteurs ( Alain Munoz, G#rom Puigros-Puigener, Bulu, Alexandre de Moté, Carl Roosens, Sacha Goerg....), ainsi qu’un petit fanzine solo “Spouk the dog”.
Plus récemment, Pascal Matthey lance un fanzine obscure et anonyme, à parution irrégulière intitulée “We all go down”. La contrainte donnée à l’auteur invité est de proposer une série de douze pages, les plus sombres possibles. Toujours A5, impression noir et blanc, chaque numéro possède une couverture de couleur différente. Le nom de l’auteur n’est pas spécifié, mais nous apouvons quand même citer les très beaux boulots des premiers participants, la série compte pour l’instant 10 numéros : Pascal lui même, G#rom, Alex de Moté, Sacha Goerg, Freddy Nadolny, Claude Cadi, ou encore Ilan Manouach... Noter que l’auteur est aussi présent dans l’expo d’Ilan Manouach au Sismic de Sierre pour son collectif “LIMBO”

http://iwanthabeas.over-blog.org/
http://soap-comics.blogspot.com/
http://www.spoukthedog.com/homepage.html
http://weallgodown.tumblr.com/

Documentaire : HELVETICA

Gary Hustwit 2007 - production Swiss Dots.
Helvetica est un documentaire de Gary Hustwit, une réflexion par des graphistes du monde entier autour d’une des typographie les plus répandues au monde. ( signalisation du métro de NY, mais aussi plein de marques et logos : BASFA, americanairlines, MUJI, panasonic, toyota, BMW...). En tentant de comprendre comment elle est devenue à ce point incontournable, le documentaire amène aussi une réflexion autour du message publicitaire, du message en général, de la multitude d’informations qui nous sont envoyées chaque jours et de la manière dont elles peuvent être incarnées par la typographie, comment elle constitue en soit un message. Il est intéressant de voir alors pourquoi elle ne fait pas toujours l’unanimité.

Cinéma : “L’âme soeur”

Un film de Fredi Murer (1985)

Tandoori love